"Merveilleux ce que mon ami (Le général Ahmed Chabir) a écrit, c'est la vérité de ce que nous avons vécu dans notre jeunesse.. Notre bon vieux temps."
Je reviens à notre instituteur.
15h00, c'est la fin des cours d'arabe, avec monsieur Ali Sghaier, paix à son âme.
Une petite récréation et nous voilà en salle de classe. Une heure de calcul. Résolution des exercices et problèmes du fameux 1300 problèmes.. Vers 16h30, il commençait à faire sombre dans la salle, pourtant bien éclairée grâce à ses fenêtre vitrées, hautes et larges.
Comme il a été cité au début, la STEG n'était pas encore connue dans le village. Notre instituteur allait chercher la lanterne à la lumière blanche le fameux "primus" laissant sa famille qui habitait l'étage de l'école, sous la lumière terne de la petite lampe à pétrole ou des petites bougies.
La dernière partie de cette séance, c'est pour la culture. Il nous lisait chaque jour une partie des Misérables de Victor Hugo. Avec une lecture digne d'un bon comédien, notre instituteur narrait les épisodes de ce fameux roman.. Avant de terminer, il nous fixe le travail à faire pour demain: texte de lecture à préparer (répondre aux questions du texte, expliquer les mots difficiles, et le tout doit être rédigé sur le cahier).
Vers 17h ou 17h30, fin des cours. Nous rentrons chez nous.
A la lumière d'une lampe tempête, ou d'une lampe à pétrole, les familles aisées ont le "primus", on s'attache à faire le travail demandé. Le dictionnaire des débutants nous a été d'un grand secours. Les week-ends, ce sont des exercices du livre Bled, des problèmes de calcul à résoudre et une rédaction à produire.
A chaque fois qu'un écolier est appelé à corriger un exercice, il doit montrer à notre instituteur le travail qu'il a effectué sur son cahier.
Gare à celui qui n'a pas effectué le travail demandé. Une punition pédagogique (écrire tant de fois l'exercice) en plus châtiment corporel (عصاة المدب من الجنة). Les vacances d'hiver et de printemps sont aussi bien chargées de travaux à faire.
Après recul, j'ai compris que notre instituteur a bien évalué notre niveau, surtout en français. Il a voulu, non seulement terminer le programme mais aussi de remédier aux faiblesses qu'il a constatées.
Dévoué pour sa profession, consciencieux dans l'accomplissement de son devoir, rigoureux dans l'exercice de ses tâches, exigeants envers ses élèves, préférant le défi que la soumission au destin, notre instituteur nous a inculqué le sens du travail, du devoir, du sacrifice et de la négation de soi. Sacrifiant son temps pour se consacrer à nous, aux dépens de sa famille (il avait deux petite filles) il nous a donné l'exemple de ce que devrait être un responsable. Des qualités humaines, des valeurs morales et les vertus d'une âme philanthrope avec une compétence indiscutable étaient les armes de cet instituteur qui, personnellement, je lui rend hommage à chaque instant qu'il me revient à l'esprit. (Bien que j'ai échoué cette année là).
Qui est cet instituteur?
C'est un tunisien, c'est un père de famille, c'est un juif, c'est monsieur Maurice COHEN. Paix à son âme. Paix aux âmes de tous ceux qui se sont sacrifiés pour l'édification de cette nation.
(Le général Ahmed Chabir)
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